
22 Décembre 2011 :
Nocturne chez Wshop,ambiance, Cava et petits fours sont au rendez-vous.
On discute, on boit un verre, on discute, on mange un bout. Et de fil en aiguille me voilà devant la vitrine Leica en lançant : Aaaaahh ce M9, bien bel objet!
Sacha : J’en ai un en démo!
Moi : Ah oui?
Sacha : Alessandra, Une réservation sur le Leica M9 ces prochains jours?
Alessandra : Je vérifie … non.
Rendez-vous est pris!
Quelques jours plus tard, je me rends chez Wshop pour prendre possession (temporairement) de cet objet de convoitise, ou de rêve, c’est selon !
Lors de la vérification d’usage (en magasin) je peux déjà juger de la qualité de l’ensemble : c’est du lourd. Le châssis métallique est super costaud! Il est manifestement fait pour durer des années sans subir les affres du temps.
L’impression globale est très positive. Peu de boutons, boitier finalement très compact pour un full frame (capteur 24×36), et ce 35mm est très discret!
Comme d’habitude lors de mes découvertes, j’emporte le Leica M9 sans son manuel, histoire de vérifier par la pratique sa facilité d’utilisation.
Sur le dessus, 2 boutons :
- Le premier cumule le déclenchement, la mise sous tension et la sélection des modes S, C (Speed et Continuous) et le retardateur.
- Le second est en fait une molette au travers de laquelle on sélectionne le temps d’exposition en mode manuel … ou le mode A (priorité Ouverture)
Sur le dos, on trouve l’écran LCD, une molette et 5 petits boutons (Menu, Play, Delete, Iso, Info et Set).
Je vous épargnerai la description de tous les menus. Ce n’est pas le but ici !
Ce qu’il faut retenir : Ils sont relativement simples et permettent de personnaliser le Leica M9 comme on le souhaite et d’accéder aux fonctions essentielles assez facilement et rapidement.
L’objectif est entièrement manuel. Point d’autofocus donc ! La sélection de l’ouverture se fait directement sur l’objectif.
Le Leica tiens bien en main. La préhension est facilitée par un revêtement granuleux, mais agréable au toucher, qui évite les dérapages.
Il se trouve à gauche et en haut, et est indépendant de l’optique. Il ne s’agit donc pas d’une visée TTL (Through The Lens). On a donc affaire à un viseur télémétrique dont la particularité est qu’il propose une vision plus large que le cadre photographié qui lui, est représenté dans le viseur par un cadre blanc.
Quoi d’exceptionnel me direz-vous ? Rien et tout, vous répondrais-je !
Le fait de voir plus que ce que l’on photographie permet de visualiser l’image finale dans un contexte. C’est une aide précieuse (de mon point de vue) à la composition et à l’anticipation.
Autre particularité, le cadre bouge (dans le viseur) en fonction de l’ouverture et de la distance de mise au point afin de compenser le phénomène de parallaxe qui existe entre le point focal vu depuis le viseur et ce même point vu depuis l’objectif. On reste donc dans le mode WYSIWYG (What You See Is What You Get – Ce que vous voyez est ce que vous obtenez).
Bien vu Monsieur Leica !
Contrairement aux appareils équipés d’une visée TTL, l’image que l’on voit dans le viseur présente une profondeur de champ maximale. La mise au point se fait grâce à un petit rectangle très lumineux, au milieu de l’image, qui montre une portion d’image difractée, sauf si la mise au point est faite sur ce que l’on vise.
C’est redoutable d’efficacité et cela fonctionne d’autant mieux qu’il y a des verticales dans le champ de visée.
Evidemment, il conviendra d’anticiper les effets de profondeur de champ, surtout à courte distance et pour de grandes ouvertures. Avec un peu de pratique, on attrape vite le coup de main.
La visée est donc facile et la mise au point manuelle l’est tout autant puisque tous les objectifs Leica disposent d’une bague de dimension généreuse dont l’amplitude permet une très grande précision.
Le fait que le viseur soit « à l’ancienne » est aussi la conséquence de l’absence de miroir. Cette absence offre trois avantages selon moi.
Le premier est le gain en largeur qui permet de conserver un appareil très compact malgré qu’il soit équipé d’un capteur 24×36. L’objectif se monte très près du capteur.
Le second un déclenchement très silencieux puisqu’il n’y a rien à soulever et remettre en place avant et après l’ouverture des rideaux.
Le troisième est, pour la même raison, un niveau de vibration quasi nul qui permet d’abaisser le seuil du flou de « bougé » (il faut savoir que même sur un pied, un appareil avec miroir génère des vibrations qui peuvent entrainer des flous à des temps d’exposition compris entre 1/15s et 1/60s.
Ce Leica 35mm Summicron f/2 est une merveille de technologie. La première chose qui frappe est son extrême compacité pour un objectif Full Frame. Les déformations optiques sont inexistantes (en tout cas je n’ai rien remarqué à l’œil nu), ce qui est remarquable !
Comme mentionné précédemment, il comporte une bague de sélection de l’ouverture (par 1/2 d’ouverture) et la bague de mise au point.
Il comporte aussi des informations qui permettent de travailler à « l’hyperfocale ».
Mais « kèksèksa » ?
L’hyperfocale est la zone nette (la longueur de la profondeur de champ) donné par la combinaison de l’ouverture choisie et de la distance qui sépare l’objectif du point de mise au .. point !
Elle est représentée par la suite descendante / montante (de gauche à droite) 16 ; 11 ; 8 ; ….. ; 8 ; 11 ; 16. Pour chacune de ces valeurs, il y a une petite barre. La zone comprise entre 2 barres, pour une ouverture donnée, donne la distance de la profondeur de champ sur la bague de mise au point qui est graduée exponentiellement de 0.7m à l’infini.
Par exemple : Si j’ouvre à f/5.6 et que je place le symbole « infini » sur la barre « 5.6 » de droite, je serai à peu près sur la valeur 3m sur la barre « 5.6 » de gauche.
Ma zone nette s’étend donc de 3 mètres à l’infini.
Avant d’aborder le sujet proprement dit, je souhaite avant tout parler du format utilisé pour générer les fichiers bruts. Bien entendu, Le Leica M9 génère du JPEG (que je n’ai pas testé puisque le JPEG ne rencontre pas mes préférences).
Leica a choisi de produire ses fichiers dans le format « ouvert » DNG dont les bases ont été définies par Adobe en 2004. Ce format est dit « ouvert » en comparaison des fichiers « fermés » qu’utilisent par exemple Nikon et Canon. Dans ces formats « fermés », les constructeurs stockent des informations « libres » qui pourront être lues et décodées par tous les logiciels standards du marché, et des informations « restreintes » qui ne pourront être lues que par les outils spécifiques des constructeurs correspondants. Un fichier .NEF de chez Nikon (ou son équivalent chez Canon) ne sera donc entièrement lu que par Capture NX2 (ou son équivalent chez Canon) tandis que Ligthroom ou Aperture (ou autre) n’auront qu’un accès partiel. C’est pour cette raison également que les logiciels nécessitent des mises à jour pour prendre en charge les nouveautés, parfois après des mois !
Ce format .DNG est donc « ouvert » et toutes les informations du fichier brut sont accessibles, sans restrictions de race ou de couleur, immédiatement après la sortie d’un nouvel appareil, sans mise à jour.
Leica partage ce choix avec des constructeurs tels que Samsung, Hasselblad ou Pentax (il y en a d’autres)
Plus d’info sur ce format : http://www.adobe.com/fr/products/photoshop/extend.displayTab2.html
Revenons-en donc à la qualité d’image.
Je dois bien avouer qu’au moment de visualiser les images brutes avec Aperture (sur Mac), j’ai eu comme un choc … désagréable … puisque les images que je voyais sur mon écran me semblaient assez « plates », peu contrastées. Imaginez ma déception dans les premiers instants puisque je m’attendais à de l’exceptionnel.
Ouf ! Après quelques réglages dans Aperture, me voilà rassuré ! Il s’agit juste de l’interprétation que fait Aperture du fichier brut. J’ai testé les mêmes fichiers dans Lightroom3 depuis lors et la première impression est toute différente. Il faut savoir que Leica livre LR3 avec l’appareil.
Relation de cause à effet, peut-être.
Quoi qu’il en soit, j’aime « développer » mes images autant que j’aime les prendre.
Une fois l’image ajustée à mon goût, je peux alors prendre toute la mesure de sa qualité.
Et je dois dire que la combinaison capteur CCD 18Mp et de cette optique Leica Summicron 35 mm donne des images d’une très grande qualité.
Aucune déformation optique perceptible. Pas de flaire ni de moiré, pas plus que d’aberrations chromatiques. Rien, nada, que dalle !
Du grand art en somme!
Que dire d’autre. Quand la qualité est là, elle est là !
Il faut cependant que je mentionne un point qui m’a déplut : La gestion du bruit à partir de 800 iso est, comment dire, très faible. Autrement dit, ça « bruite » pas mal ! Dommage.
Après ces considérations techniques (et je m’arrêterai là en ce qui les concerne) j’aimerais vous inviter à découvrir un côté plus émotionnel.
Je crois en effet, et en tout cas je l’ai ressenti comme tel, qu’il y a une « philosophie » Leica liée à ce M9.
Le premier effet intéressant provient sans aucun doute de la discrétion de l’appareil (compacité, silence, aspect « rustique »). Personne ne vous regarde de travers lorsque vous pointez l’appareil vers quelqu’un. Les gens continuent d’évoluer le plus naturellement du monde et, à la limite, n’imaginent même pas que vous possédez un fleuron de technologie entre les mains. Je pense que la version argentée aura, sur ce point, plus de mal à se faire vraiment oublier.
Ensuite, il y a moyen de prendre des images en laissant le Leica autour de son cou et de travailler à l’hyper focale. Aidé par le silence au déclenchement, les idées créatrices émergent à la vitesse de l’Orient Express.
Enfin, la mise au point manuelle nous fait prendre notre temps, nous impose une réflexion salutaire dans laquelle la composition et la construction prennent le pas sur le déclenchement à tout va !
Tout ce se combine pour créer une relation particulière avec l’appareil ! Une sorte d’osmose, voire de symbiose, dans laquelle les intervenants (l’appareil et l’humain) se « donnent » à l’autre pour révéler tous leurs potentiels.
En reportage, tous ces ingrédients font du Leica M9 un outil redoutable !